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Qu'est-ce que l'art de bar ?

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La définition de l'art de bar est floue, inutile et vaine. Pourtant, vous nous la demandez souvent, et nous on a envie de vous la donner. Alors voilà une tentative d'explication qui ne ressemble à rien d'autre qu'à un texte flou, inutile et vain. Pourtant, on vous le soumet et vous allez peut-être le lire. L'art de bar…

 

… existe depuis que les bars existent. Seule l'expression a été inventée récemment. Nous avons tous fait de la psychologie de cuisine, de l'humour de caserne, de la philosophie de comptoir et de l'ethologie de salon. Nous sommes donc capables, c'est sûr, de faire de l'art de bar. Il suffit d'en être conscient. Car l'art de bar…

 

… c'est un art conscient que le bar est essentiel à son existence. Beaucoup de livres sont donc de l'art de bar, mais personne ne le sait. Quand le livre, qui a été écrit en grande partie dans un bar, commence à parler des bars à toutes les pages, à se passer dans les bars, à décrire les bars, alors on est dans la littérature de bar. Des chansons…

 

… beaucoup de chansons sont de l'art de bar, mais personne ne le sait. Quand les paroles ont été écrites dans un bar, que l'air a été piqué à un air entendu siffloter dans un bar, qu'elle est interprétée dans un bar pour la première fois, alors on est dans la musique de bar. Des bandes dessinées…

 

… beaucoup de bandes dessinées sont de l'art de bar, mais personne ne le sait. Quand une grande partie des images et des textes des bulles ont été dessinées et écrits dans un bar, quand l'auteur et l'illustrateur ont vidé dix-sept verres de bière dans des bars pour arriver enfin à voir, dans les vapeurs, le visage de l'héroïne à créer, quand le méchant butte tout le monde dans un bar et que le gentil se fait plaquer par sa copine au zinc juste avant de trouver la solution à son enquête, quand la bande dessinée publiée est dévorée dans un bar, alors on est dans de la bande dessinée de bar. Alors…

 

… VillaBar, c'est de l'art de bar. Parce que l'idée a eut lieu en allant voir un frère mi-poète, mi-loup qui travaillait dans un bar. Parce qu'on a parlé de littérature et de photos l'un et l'autre, chacun de son côté du zinc. Parce qu'Édith a proposé et que Sam a dit oui. Les co-bistrotières Sandra et Aurélie ont dit oui. Ondine Frager et Jean-Pierre Bret ont dit oui. Des photographes ont dit oui. Des écrivains ont dit oui. Comme ils ont dit oui, on a continué à organiser, choisi les jours, entrevu des possibilités, imaginé des ruses pour pallier au manque de moyens. Et puis, le premier soir l'art de bar est arrivé. On a vu que tout le monde avait dit oui : les gens de la rue, les clients du bar, les amis prévenus. Et c'est pour ça qu'on a continué.

 

VillaBar, c'est de l'art collectif de bar. Parce que tout dépend de chacun. Si quelqu'un ne vient plus, son rôle dans la série disparaît. Si quelqu'un invente une scène, l'auteur s'en inspirera et le roman photo aura eu une impulsion nouvelle. VillaBar, c'est de l'art de bar libre et gratuit. Parce que les clients du bar, les photographes, les auteurs, les acteurs ne sont pas payés, et que la consultation du résultat artistique est gratuite.

 

Nous créons ensemble, mois après mois, PhotoVillaBar. Peut-être que l'année prochaine, si vous êtes au rendez vous, nous créerons CinéVillaBar. Et peut-être, ensuite, SonVillaBar. Il suffira d'être là au rendez-vous, d'être ensemble, de laisser le bar jouer son rôle de bar et d'oser inventer.


Édith de Cornulier-Lucinière


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