Bal Sordide

Un roman photo produit par AlmaSoror dans le cadre de VillaBar

Photos de Marcella Barbieri, Isabelle Ferrier et Sara
Les acteurs sont les clients du Piston Pélican. Merci d'être venus et d'avoir posé...

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Il est 19h, un dimanche de mars au P*** P***. Pour des raisons de sécurité évidentes, nous tairons le nom de ce bar interlope où se réunit à intervalles réguliers un mélange insolite de pègre internationale, d'agents de l'ex-URSS et de mondains cosmopolites et désenchantés.
Paris Motch tente ce soir de percer pour vous le secret de ces assemblées qui troublent chaque mois un quartier obscur du XIXe arrondissement de Paris. Notre envoyé spécial Aymeric Le Hir s'est glissé incognito dans la foule des habitués.

19h, ce dimanche, je pénètre le P*** P***, ce lieu qui brille d'une aura légendaire au ciel des voyous des quatre coins du monde. Dès l'abord, l'ambiance est étrange. L'enfilade de pièces, à l'éclairage parcimonieux, est, de lieu en lieu, soumis à la lumière aveuglante de projecteurs. Des mouvements de foule sont comme orchestrés à travers l'espace et je peine à m'extirper d'une bizarre farandole qui vient s'achever dans la rue.
Je parviens enfin à m'installer dans un recoin sombre et distingue déjà, parmi la foule, ceux des incontournables que le lecteur ne manquera pas de reconnaître : Yeux Noirs, l'insondable blonde, en compagnie de John Peshran-Boor, ainsi que Lilas L. S. Snuk et le crapuleux Stanislas Tichy... Ce joli monde, qui fait les beaux jours des chroniques judiciaires comme des magazines people, nous étonne encore ce soir.

Impossible à première vue de comprendre ce qui se passe au P*** P***. Tout y est fait pour détourner l'attention des véritables affaires qui se trament ici. Ces gens ne reculent devant aucun stratagème ; ce soir, il est plus que grossier cependant. Ces louches personnages ont endossé, qui le rôle de la belle crémière, qui celui du garçon bouvier. Tichy est en marin à pompons, le froid Drag Cool en demeuré à binocles. L'ensorceleuse Lilas L. S. Snuck, dans un rôle de composition, est parfaite en ingénue tout droit sortie de la Petite maison...

Tout cela pue le piège à plein nez et je m'interroge sur l'anonymat de ma présence ici : y'aurait-il une taupe à Paris Motch ? Impossible bien sûr mais rien ne semble impossible à ces gens-là. Ils concentrent entre leurs mains un pouvoir dont nul, si ce n'est eux, ne connaît l'étendue. Argent, drogue, sexe et politique, voilà les ferments irrésistibles de leur puissance.
Je n'hésite pas à plonger plus avant dans la gueule du loup. Et tant pis, chers lecteurs, si elle se referme sur moi : avec Paris Motch, la vérité triomphe toujours !
C'est d'un pas décidé que je me dirige vers le comptoir où se distribuent les costumes de ce douteux charivari campagnard et j'y glane une chemise à carreaux et une salopette en denim plus adaptés à

Avec aplomb, je m'accroche au bras d'une blonde en bonnet qui m'a presque l'air innocente (mais sait-on jamais dans ce lieu...) et me fond, en cet équipage, dans la foule bigarrée et suspecte.
Cela pue le piège... ou la farce... Le charivari tourne au tohu-bohu et c'est un massacre dont je n'ose presque vous faire le récit...
Ces âmes perdues ont-elles jamais appris la paimpolaise ? Ne voilà-t-il pas qu'ils dansent une sardane sur un air de biniou ! En digne représentant – anonyme, mais tout de même - de Paris Motch, je me dois de défendre la diversité culturelle de notre belle France et je m'insurge auprès de la dentellière...

...de ces méprises. La nigaude s'en amuse et me tourne le dos ! De crainte de faire échouer ma mission, j'abandonne là mes revendications culturalistes pour la suivre plus loin.
Tiens, tiens, Tichy lui-même... la petite oie n'est donc pas si blanche qu'elle en a l'air ! Surprenons donc un peu de la conversation de ces deux-là. Le code en est opaque ; je livre aux lecteurs le contenu brut dont nous verrons plus loin qu'il donne lieu à une interprétation tout autre qu'une première écoute le laisse entendre.
Tichy : ...(inaudible) nous ennuie avec ses idées saugrenues. J'ai l'air branque avec ce pompon ridicule.

Tichy (énervé) : te moque pas, la bergère. Rappelle-toi qui t'as faite !
Annette : mais, j'te jure, Stanichou, les filles n'ont d'yeux que pour toi. Même Lilas n'arrête pas de loucher de ton côté ! Franchement, j'te l'dis franchement, le pompon, la boucle d'oreille, la barbe de trois jours, c'est vachement sexy...
Tichy : C'est vrai, ça ?! Allez ma belle, grimpe sur mes genoux !
Reprenons pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Stanislas Tichy. L'adepte du grand banditisme international ne dédaigne pas les trafics les plus sordides et fait encore le maquereau à ses heures perdues, comme au beau temps de son...

par la petite piquette du P*** P*** (ici, l'alcool n'est pas servi pour les fillettes), poursuit de ses assiduités la piquante blonde aux origines plus que douteuses, Yeux Noirs. Laquelle minaude comme la pire des courtisanes, panier à la main pour singer les dignes paysannes de nos campagnes.
Non, ces jeunes femmes attrayantes au sourire ensorceleur ne sont pas autant de victimes d'une société indifférente à leur sort. Regardez mieux et voyez comme elles rient, ces grues ! Attirées par l'appât du gain, les charmes glauques du grand banditisme, elles se prêtent à tous les jeux, même les pires.

...et quand ce n'est pas la gouaille dans la bouche de la blanche Annette, ce sont les bas résille sous des jupons trop proprets pour être vrais. Demandez donc aux véritables Annette, Marie ou Marguerite si elles usent de semblables apprêts avec leurs galants !
Drag Cool, l'homme sans âme ni conscience, me suit des yeux. Lui aussi cherche à nous prendre à son air débile. Une canne pour appuyer des années que l'on sait plutôt courtes, des lunettes pour dissimuler ses yeux froids de rapace capable des crimes de la pire espèce.... Le pigeon qui s'y laisserait prendre y perdrait à n'en pas douter ses plumes.

Je me glisse à nouveau dans le cortège pour échapper à cette canne qui m'apparaît de plus en plus suspecte. On connaît les stratagèmes des maîtres espions de l'Union soviétique... Les filles folâtrent de plus belle, et c'est le bordel qui rejoue le cortège des noces, ultime sacrilège ! Lilas L. S. Snuck, fille serpentine, mène la danse, et balance en tête le lumignon censé éclairer les jeunes épousés jusqu'au lieu de leur première nuit. Les moqueries fusent et c'est à qui singera le mieux la balourdise qu'ils jugent attachée à nos campagnes. Lilas gagne le premier prix : pieds rentrés en dedans, elle se fiche devant une affiche parisienne dont elle feint, l'air niais et...

...éperdu, de ne pouvoir déchiffrer le sens. La foule est hilare et la ronde endiablée.
Je tente de sortir la petite Annette de cette diabolique farandole. Cette fillette a tout de la Cosette, sa gouaille-même trahit le pavé montmartrois et je ne peux laisser cette âme en peine se perdre complètement. Quel âge a-t-elle ? 17, 18 ans, tout au plus. Elle me suit, indolente, et après quelques mètres à l'écart, elle semble plus frêle encore, plus secourable. La vue d'un cheval brun, traîné là par ces brutes en mal d'amusement, l'attendrit tout-à-fait et je retrouve dans ce doux profil les traits sincères d'une bonne fille de chez nous.

Mais la bande ne laisse pas ainsi les âmes sous sa coupe retrouver le salut et Yeux Noirs, qui nous a suivi de près, récupère l'enfant. La petite est à nouveau livrée aux mains putassières de Tichy qui la guette. Sans pitié aucune, celle-ci la missionne aussitôt auprès d'un homme silencieux dont le regard glauque pèse lourdement sur la fillette.
Dans la ruelle, il n'est plus temps pour moi de m'attarder. On m'envoie les loubards de service, qui n'ont guère pris la peine de se grimer pour exercer leur sinistre office. Je ne peux plus rien faire pour elle. Je réussis à m'extirper sain et sauf de ce lieu de stupre et de sang.

un de ses acolytes, échauffés par une discussion houleuse que l'on imagine porter sur le sinistre décompte de leurs méfaits réciproques.

Je n'ai assisté à aucun crime ce soir, sinon le plus grave peut-être, le plus pernicieux qui soit : l'attaque en règle menée par une clique malfaisante contre les valeurs de notre pays. Chers lecteurs, depuis vos belles régions de France, depuis Landerneau et Briançon, depuis Charleville et la Bourboule, je sens monter la vague de votre légitime indignation contre cette lèpre internationale du crime qui se permet, sur notre sol, de singer nos dignes traditions, contre cette pègre...

...qui vient corrompre jusque dans nos rues la belle jeunesse de France.

Paris Motch est du côté de la vérité et poursuivra l'enquête. Cette herbe pestilente ne doit plus prospérer sur le terreau de l'indifférence complice.

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